DOSSIER - La porte ouverte au lait importé...

Publié le 24 Février 2015

® Les Astuces Conso / F. Pierrat

® Les Astuces Conso / F. Pierrat

À partir du 1er avril 2015, les quotas laitiers seront supprimés dans tous les pays de l'Union Européenne alors qu'ils étaient en œuvre depuis plus de 30 ans. Et cette nouvelle réglementation qui inquiète nos éleveurs français. Explications.

Jusqu'à maintenant, un quota était en vigueur pour la production de lait sur le territoire français, l'Union Européenne fixait chaque année la quantité maximale de lait que chaque État membre peut produire. Pour la France, c'est 24 milliards de litres par exemple, ce chiffre a augmenté ces dernières années ce qui a provoqué une baisse de prix de vente du lait. Néanmoins, cette politique a permis de garder un système à peu près "stable et protégé" pour le marché laitiers français selon Dominique Chargé président de la Fédération Nationale des Coopératives Laitières.

La suppression de cette politique permettra donc en théorie aux éleveurs de produire plus de lait tout comme leurs voisins européens puisque cette suppression s'appliquera à l'ensemble de l'U.E.. Nos pays voisins produiront donc plus de lait mais ces derniers comme l'Allemagne, la Belgique les Pays-Bas ou encore le Danemark pourront facilement contrairement à la France exporter plus de litres de lait aux quatre coins de l'Europe en raison de leurs prix de vente bien plus compétitifs que la France (normes sanitaires et d'élevage moins contraignantes, droit du travail plus souple, charges sociales moins élevées...).

Résultat, la France sera moins compétitive sur le marché du lait et les grands industriels du secteur privilégieront plutôt le lait étranger au lait français. Les premiers effets de ce type de politique se font déjà sentir aujourd'hui avec la diminution de l'influence des quotas européens, de nombreux produits laitiers produits et fabriqués en France sont fait à base de lait venant de l'étranger...

À l'heure actuelle, ce sont surtout les produits laitiers premier prix et les produits laitiers de marques distributeurs (MDD) qui s'approvisionnent à l'étranger mais pas seulement: dernier exemple en date, le beurre bio de la grande marque nationale Président. Ce dernier comme je vous l'ai révélé l'année dernière en exclusivité est fait à partir de laits belges et français alors que Président arbore sur l'emballage du produit une belle carte de France exprès pour induire en erreur le consommateur:

L'enseigne discount Lidl (tout comme ses concurrentes) qui pourtant dans ses campagnes publicitaire revendique le "made in France" (à l'occasion du Salon de l'Agriculture) importe également beaucoup de laits étrangers pour la fabrication des produits laitiers qu'elle vend dans ses magasins.

Mais qu'en sera-t-il demain? Nous aurons peut-être de moins en moins de choix en produits laitiers bien français? Cette politique de dérégulation pourrait-elle provoquer la fin de l'élevage français? L'avenir nous le dira...

En attendant, pour rester compétitif, les éleveurs français devront plus que jamais promouvoir la qualité "reconnue" des produits laitiers français explique Frédéric Chausson, directeur du développement de la coopérative Sodiaal, surtout sur le fromage qui est le produit laitiers que l'on fabrique le plus à partir du lait et qu'on exporte le plus à l'étranger.

À l'inverse, les éleveurs augmenteront la productivité de leurs élevages pour être le plus compétitif possible et réduire les prix, les grandes fermes comme celle des Mille Vaches seront plus nombreuses en France et les emplois dans le secteur moins nombreux car ces "usines" ont besoin de beaucoup moins de main d'oeuvre qu'une ferme classique. Quant à la qualité du lait, elle pourrait être pour nous consommateurs impactée: Thierry Roquefeuil président de la Fédération Nationale des Producteurs de Lait affirme que l'on pourrait avoir "des produits standardisés sans goût ni saveur".

Pour nous consommateurs, nous devons donc par conséquent privilégier le plus possible les produits laitiers faits à base de lait français. Pour cela, il existe les labels classiques comme les IGP et AOP (successeurs de l'AOC) mais également l'apparition depuis quelques temps de nombreuses formules comme "lait français", "lait de France", "lait de nos régions"... D'ailleurs un nouveau logo va commencer à apparaître sur les emballages de nos produits laitiers:

DOSSIER - La porte ouverte au lait importé...

Ce logo permettra de mieux nous repérer lors de nos achats comme l'explique ce reportage de nos confrères de BFMTV:

Autre astuce si vous êtes friands de produits bio, sous le logo bio Europe (la feuille en étoiles sur fond vert) est indiqué l'origine des matières premières présentes dans le produit. Si vous voyez "Agriculture U.E." sur votre plaquette de beurre bio, c'est mauvais signe... Alors que si vous voyez écrit "Agriculture France", vous soutenez nos éleveurs! :

® Les Astuces Conso / F. Pierrat

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Acheter des produits laitiers importés, c'est aussi prendre des risques quand aux contrôles sanitaires de ces derniers: la directrice des services vétérinaires français (Déborah Infante) a avoué que faute de moyens, les produits laitiers importés de l'étranger (U.E. notamment) vers la France n'étaient quasiment jamais contrôlés lors de leur arrivée sur le territoire français alors que sur les rares contrôles qui ont été faits, 21% des produits présentaient une anomalie:

Des scandales similaires à la viande de cheval pourraient donc se produire à l'avenir dans le secteur laitier et la fin des quotas laitiers ne ferait qu'augmenter ces chances de scandales sanitaires...

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Pour aller plus loin:

Reportage du 13 heures de TF1 (19/01/2015) sur l'inquiétude des éleveurs laitiers

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Rédigé par Florian Pierrat

Publié dans #alimentation